Train blindé tchèque en Russie "Orlik", 1919, 1/220

denis
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Re: Train blindé tchèque en Russie "Orlik", 1919, 1/220

Message par denis » jeu. oct. 25, 2018 8:17 pm

Belle découverte! Tu vas pouvoir comparer ton train avec le vrai. Je trouve presque dommage que tu pratiques une si petite échelle, l'effet de masse du train en est occulté. Il va falloir que tu fasses des attelages à l'échelle!
Continue ta leçon d'histoire, j'adore ça et pour une fois ce n'est pas moi qui fais la recherche!
Merci Jan

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Re: Train blindé tchèque en Russie "Orlik", 1919, 1/220

Message par Jan Kytop » ven. oct. 26, 2018 9:19 pm

denis a écrit :
jeu. oct. 25, 2018 8:17 pm
Belle découverte! Tu vas pouvoir comparer ton train avec le vrai. Je trouve presque dommage que tu pratiques une si petite échelle, l'effet de masse du train en est occulté. Il va falloir que tu fasses des attelages à l'échelle!
Continue ta leçon d'histoire, j'adore ça et pour une fois ce n'est pas moi qui fais la recherche!
Merci Jan
Merci. En fait, j'adore les petits montages mais c'est sur qu'ils sont moins impressionnants.
Pour les attelage, mon train doit rester compatible avec les trains Märklin standard donc, ils resteront comme ils sont.

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Re: Train blindé tchèque en Russie "Orlik", 1919, 1/220

Message par Jan Kytop » ven. oct. 26, 2018 9:20 pm

A ce stade du récit, il est temps de vous présenter l'un des personnages les plus romanesques de cette époque troublée, dont le destin tragique est directement lié à l'histoire de la légion tchèque et de son commandement français.

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Alexandre Vassilievitch Koltchak est né le 4 novembre 1874 à Saint-Pétersbourg d'un père général d'artillerie et ingénieur et d'une mère de la noblesse cosaque.
Adolescent, il est élève de l’Académie navale russe, dont il sort deuxième de sa promotion.
Fin 1896, Koltchak est nommé lieutenant de vaisseau. Durant ses croisières, Koltchak complète ses connaissances et fait des recherches en océanographie et hydrologie. Il se fait remarquer par ses missions d'exploration polaire et sa participation au sauvetage de scientifiques en péril.
Lors de la guerre russo-japonaise, il prend le commandement du destroyer Serdity et détruit avec une mine le croiseur japonais Takasago . Il reçoit l’Ordre impérial de Sainte-Anne et un sabre d’or pour ses exploits militaires.
Blessé un peu plus tard, il est fait prisonnier de guerre et détenu à Nagasaki puis libéré à la fin du conflit.
De retour en Russie, il participe au sein de l'état major à la modernisation de la marine russe et poursuit des missions océanographiques.
Lorsque la première guerre mondiale éclate, il se montre l'un des officiers les plus actifs de la flotte de la Baltique.
Les mouilleurs de mines qu'il commande coulent de nombreux navires allemands.
Koltchak est nommé vice-amiral en juin 1916. Il a 42 ans et est le plus jeune vice-amiral de l’histoire de la marine impériale. On lui confie alors le commandement de la flotte de la mer Noire et il obtient de francs succès contre les ottomans. Mais en 1917, la révolution éclate et des mutineries commencent à se manifester à bord des navires russes.
Koltchak se veut pragmatique pour permettre à la flotte de garder son efficacité.
Il assiste à des réunions de Soviets, et les tolère pour garder le soutien des marins.
Et nous arrivons à un épisode qui en dit long sur le caractère du personnage.

Les comités révolutionnaires constitués sur les bâtiments donnent l’ordre en juin de désarmer les officiers. L’amiral Koltchak demande à ses officiers d’obéir mais lui-même, quand les marins mutinés envahissent la passerelle du navire amiral et le cernent en le sommant de rendre le sabre d’or gagné durant la guerre russo-japonaise (qu’il porte à la ceinture), refuse. Ne voulant pas que ce symbole de son rang et de l’Amirauté tombe aux mains des mutins, l’amiral, calme, le regard lointain, détache le sabre de son ceinturon et le jette par-dessus bord.
— Ce qui est venu de la mer retourne à la mer, dit-il seulement.
Les mutins reculent, impressionnés. Mais Alexandre démissionne et part pour Pétrograd où se tient alors le gouvernement modéré de Kerenski.

Il est alors envoyé comme observateur militaire aux États Unis, en Grande Bretagne, au Japon.
Lorsque Lénine prend le pouvoir, il est horrifié par la violence des bolcheviques et décide de rentrer en Russie pour rejoindre les armées blanches anti communistes qui s'y constituent.
C'est ainsi que Koltchak arrive à Omsk le 13 octobre 1918 pour rejoindre l’Armée blanche en constitution. Il est nommé ministre dans le gouvernement blanc sibérien qui s'y est constitué où il pense pouvoir œuvrer pour la démocratie et le rétablissement d’un État de droit.

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Re: Train blindé tchèque en Russie "Orlik", 1919, 1/220

Message par Jan Kytop » sam. oct. 27, 2018 3:31 pm

Dans la nuit du 17 au 18 novembre 1918, des officiers amis de Koltchak fomente un coup d'état et après quelques tergiversations, il devient, ( à l'insu de son plein gré ? ), le chef ayant plein pouvoir du gouvernement provisoire de Sibérie.
Même si son but reste noble,
« Je me fixe comme objectifs essentiels, proclame-t-il, la création d’une armée efficace, la victoire sur le bolchévisme et le rétablissement de l’ordre et de la légalité afin que le peuple puisse choisir librement et sans aucune entrave la forme de gouvernement répondant à ses vœux »
il n'en reste pas moins qu'il est bel et bien devenu un dictateur et qu'il va devoir se salir les mains pour se maintenir en place.
Très vite une révolte des socialistes qu'il a remplacé est réprimée dans un bain de sang.
Koltchak veut mettre en place un régime dictatorial bien administré, où ne règne plus la corruption et possédant une armée puissante, capable de faire face au danger bolchevik qu’il soit intérieur ou extérieur avec l’aide matérielle des Alliés.
Début 1919, l'amiral lance une grande offensive victorieuse en direction de Moscou et en coopération avec les autres chefs blancs. L’armée blanche aligne environ 110 000 hommes contre 95 000 Bolcheviks. Elle est en grande partie équipée et armée par les Anglais. En avril, les troupes de Koltchak, qui progressent sur un front de trois cents kilomètres, sont à moins de six cents kilomètres de la capitale.

https://www.youtube.com/watch?v=-OjYepNNKXc
Koltchak haranguant ses troupes, extrait du film Amiral 2008.

Lénine pense que sa fin est proche mais Trotski, toujours tenace, combattif et courageux, passe à la contre attaque.
Au cri de :"prolétaires, à cheval", il lève une puissante cavalerie rouge et , se déplaçant sur tous les fronts dans son train blindé bureau, il galvanise ses troupes.
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La Charge de la cavalerie rouge (en russe : Скачет красная конница) est une huile sur toile, peinte par Kasimir Malevitch entre 1928 et 1932.
Elle est actuellement exposée au musée Russe de Saint-Pétersbourg, en Russie.
Au dos du tableau est écrit : « Elle galope la cavalerie rouge (depuis la capitale d'octobre) pour défendre le pays soviétique. »

C'est l'effondrement. Minées par leur querelles et leurs dissensions, privées d'un ravitaillement considérable mais qui ne leur parvient pas car détourné par des profiteurs de tout poil, lâchées par leurs soutiens étrangers, empêtrées dans leur problèmes internes, les armées blanches reculent sur tous les fronts encore plus vite qu'elles n'ont progressées. Et ce, sur fond d'horribles massacres et de pogroms dont les deux camps sot tour à tour coupables ou victimes.
À Omsk aussi, le temps se gâte. Les revers militaires n’ont fait qu’attiser les intrigues diverses, menées aussi bien par les politiciens locaux que par certains représentants des Alliés. Koltchak, de plus en plus miné une maladie pulmonaire chronique, continue néanmoins à se battre sur tous les fronts mais en novembre, les dernières forces blanches de la région battent en retraite vers la ville en grand désordre.
Koltchak est sans soutien, ni celui des tchèques qui le détestent (il n'a jamais su leur faire confiance, humiliant leur généraux et leur confiant des missions de basse police et de répression qui les a démoralisés) et lui reprochent sa dictature (idéologiquement, la majorité des combattants tchèques est plutôt tourné vers les idées bolcheviques) ni même plus celui des Anglais qui concentrent maintenant leur aide vers l’armée de Dénikine et, le 14 novembre 1919, l’armée rouge entre à Omsk.

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Re: Train blindé tchèque en Russie "Orlik", 1919, 1/220

Message par Jan Kytop » dim. oct. 28, 2018 1:13 pm

Romance dans la steppe.

Le 5 mars 1904, Alexandre Vassilievitch Koltchak épousa Sofia Fiodorovna Omirova dont il aura 3 enfants mais dont un seul, un garçon survivra.
La cérémonie est un peu particulière car le jeune homme est en partance pour la guerre contre les japonais au fin fond de la Sibérie orientale. Il télégraphie donc à son père d'amener sa fiancée à Irkoutsk où a lieu le mariage, et, le jour même, les jeunes époux regagnent l’une Saint-Pétersbourg et l’autre Port-Arthur où il est d'abord affecté sur un croiseur.

Cependant, en 1915, il fait la connaissance d'Anna Timireva, une poétesse qui est l'épouse de l'un de ses amis, l’amiral S.N.Timirev.

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Le coup de foudre est immédiat et réciproque mais il semble que leur amour reste au début platonique et secret par délicatesse envers Timirev. Cependant, lorsque la guerre civile éclate, Timrev rejoint les bolcheviques, sans doute plus par lâcheté que par conviction, décevant beaucoup sa femme qui demande le divorce.
Quand à Koltchak, il a envoyé sa femme et son fils se mettre à l'abri en France (qu'ils n'ont plus quittés comme beaucoup d'immigrants russes puisqu'ils reposent de nos jours prés de Paris, au cimetière orthodoxe russe de Sainte Geneviéve des Bois).
Dés lors, plus rien ne s'oppose à leur passion. Anna rejoint Alexandre à Omsk et ils ne se quitteront plus jusqu'à la tragédie finale.

Dans le film "Amiral" de 2008, la principale chanson originale s'appelle Anna. Elle est interprétée par la chanteuse russe Victoria Daïneko. La musique de la chanson a été composée par Igor tvienko et
le poème lui-même avait été écrit par Anna Timireva en mémoire de l'amiral.
https://www.youtube.com/watch?v=_T3KSw-pcrk

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Re: Train blindé tchèque en Russie "Orlik", 1919, 1/220

Message par Jan Kytop » lun. oct. 29, 2018 10:07 pm

Quelques charges supplémentaires pour mes wagons plats avec 2 camions blindés largement utilisés pendant la première guerre mondiale puis pendant la guerre civile en Russie par tous les belligérants.
Le premier est un Garford Putilov, 8,6 tonnes, 5 membres d'équipage, 18 km/h, armé de 3 mitrailleuses et d'un canon de 76mm. A partir de 1916. Que du bonheur, je vous dis!
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Re: Train blindé tchèque en Russie "Orlik", 1919, 1/220

Message par Jan Kytop » mar. oct. 30, 2018 10:14 pm

Le deuxième engin est une Austin Putilov. 5,2 tonnes, 5 membres d'équipage, 55km/h, 2 mitrailleuses.
Les unités d'automitrailleuses mixaient souvent les 2 modèles selon la proportion 1 Garford pour 2 ou 3 Austin.

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Re: Train blindé tchèque en Russie "Orlik", 1919, 1/220

Message par Jan Kytop » mer. oct. 31, 2018 5:36 pm


Une panique épouvantable gagne les habitants d'Omsk à mesure que les troupes rouges progressent sans rencontrer de véritables résistances.
Des milliers de civils, de déserteurs, de soldats en fuite tentent de se replier vers l'Est dans un chaos indescriptible mais beaucoup vont trouver une fin atroce dans ces steppes glacées parcourues par les loups et la terrible cavalerie rouge et où la température peut descendre à -40°la nuit quand souffle le blizzard.
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La retraite:
Koltchak, lui, attend le dernier moment et ne part que quelques heures avant l'entrée des troupes rouges dans les faubourgs d'Omsk.
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Il prend place avec la fidèle Anna Timireva, son état-major, sa garde personnelle et quelques civils, à bord d'un extraordinaire convoi de sept trains, dont l'un, comportant, huit fourgons plombés, transporte la réserve d'or du Gouvernement russe, stockée en Sibérie. (Certains parlent même de 29 wagons. Il s'agit d'un trésor colossal, pris lors de la chute de Kazan et qui continue d'entretenir des fantasmes même de nos jours).
Vomissant sa vapeur dans le ciel noir, le fabuleux convoi s'ébranle vers Irkoutsk, point de passage obligé vers Vladivostok et l'exil.
Cependant, à Irkoutsk même, vient d'éclater un coup d'état qui amène les bolcheviques au pouvoir. La ville est désormais aux mains des gardes sibériens rouges tandis que sa gare et son environnement ferroviaire reste sous le contrôle des tchèques toujours solidement implantés. Un statu quo s'établit entre les deux antagonistes que tout oppose mais qui sont forcés de cohabiter, aucun ne souhaitant aller à l'affrontement qui conduirait à un bain de sang dont personne ne sortirait vainqueur. Il est temps pour les bolcheviques et pour la Légion Tchèque de négocier et quelle meilleure monnaie d'échange peut on espérer, qu'un général prestigieux mais vaincu et une énorme cargaison d'or?
Le 13 décembre 1919, à la gare de Marinsk, la légion tchèque n'hésitent pas à faire passer le convoi de Koltchak sur la voie annexe , où l'on n'avance qu'à vitesse réduite en raison de l'encombrement. Toutes les protestations envoyées par l'amiral, tant au général Janin qu'au général Syrovy, commandant les troupes tchèques, restent vaines. La trahison est en train de se consommer.
Modifié en dernier par Jan Kytop le mer. oct. 31, 2018 11:02 pm, modifié 1 fois.
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Message par CRIQUET » mer. oct. 31, 2018 9:24 pm

Quand les maquettes servent d'illustration à l'histoire, c'est un régal de te suivre.
Bravo.
Semper Altus Serate Fessus
http://criquet11.eklablog.fr et www.criquetaero.fr

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Re: Train blindé tchèque en Russie "Orlik", 1919, 1/220

Message par Jan Kytop » jeu. nov. 01, 2018 11:44 am

Merci CRIQUET!

Tandis que l'amiral se traine comme une tortue sur les voies secondaires où on l'a volontairement aiguillé pour le retarder; les puissances en œuvre dans la région vont pouvoir tranquillement discuter de son avenir.
Il n'y a pas de compte rendu de ces négociations mais au vue de ce qui va suivre, il est facile de les imaginer.
L'état major bolchevique fait face aux représentants des alliés, français et tchèques essentiellement.
" Messieurs, vous vous êtes bien battus et vous nous avez causés beaucoup de soucis. Mais les temps ont changés et vous n'avez plus rien à faire en Russie. Nous sommes prêts à vous laisser toutes facilités pour terminer votre évacuation et à ne plus mener d'actions armées contre vous jusqu'à votre départ.
En échange, vous nous laisserez mener nos opérations sans interférer d'aucune façon"
Les alliés:
"Notre seul but est désormais de rentrer à la maison et nous acceptons volontiers ces propositions".
Les Rouges:
"Mais cela ne suffit pas. Nous voulons aussi que vous nous livriez l'amiral Koltchak qui s'est placé sous votre protection et l'or de la Russie qu'il transporte avec lui et qui nous appartient en tant que gouvernement légitime du pays".
Les alliés:
"L'or vous sera rendu bien sur mais nous ne pouvons vous livrer l'amiral, c'est une question d'honneur".
Les Rouges:
"Ceci n'est pas négociable. Si vous nous ne donnez pas l'amiral, nous viendrons le prendre. Vous avez le choix entre la paix et la guerre et nous ne sommes plus en 1918. Nous sommes maintenant en mesure de vous annihiler tous. Bien sur, vous restez de redoutables combattants et les pertes seront terribles des deux cotés mais l’Armée Rouge n'est pas avare de son sang et elle vous submergera inexorablement".

Lorsque, le 15 Janvier 1920, le train de l'amiral Koltchak arrive enfin à Irkoutsk, il est immédiatement dirigé sur une voie de garage dont il ne bougera plus. Les canons d'un train blindé sont pointés sur sa locomotive et un cordon de troupe tchèque prend position autour bientôt doublé par des soldats sibériens rouges.
L'amiral qui n'est plus rien, il a démissionné de toutes ses fonctions, est prisonnier de ses alliés et de ses ennemis en même temps.
Image
Irkoutsk!

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Re: Train blindé tchèque en Russie "Orlik", 1919, 1/220

Message par Jan Kytop » ven. nov. 02, 2018 12:02 am

La suite vous est raconté par un témoin direct, Gustav Becvar, l'un des officiers tchèques présents à Irkoutsk à ce moment là. C'est comme si vous y étiez!

"Nous fûmes à deux doigts d'un clash entre nos sentinelles et les gardes rouges qui prirent position autour du train de l'amiral. La tension était à son comble et l’atmosphère était irrespirable. Il y avait des soldats de quatre nationalités différentes à l'intérieur de l'enceinte de la gare, et chaque faction regardait l'autre avec suspicion.
En dehors de nous et des Russes, deux trains de Japonais, et un train de français ajoutaient à la confusion. Dans les yeux de tout ce monde, j'imaginais lire deux mots: Koltchak et Or.

Cet après-midi-là, Krasa, notre capitaine fut convoqué à notre quartier général pour y recevoir des instructions concernant l'amiral. .
Instinctivement, nous savions que le sort de Koltchak et de son or avait été décidé. Nous avons attendu
anxieusement le retour de Krasa qui n'est rentré que tard dans la nuit. Son visage décomposé nous a tout de suite fait comprendre que sa réunion avait été extrêmement désagréable. Il fut bref, mais chaque mot était tragique.
"Demain matin, l'amiral Koltchak et le ministre Pepelyaev seront remis à l'Assemblée du "Centre politique" d'Irkoutsk. Les représentants du gouvernement bolchevique se présenteront dans le hall de la gare à l'aube et nos soldats leur remettront immédiatement les prisonniers. L'or leur sera rendu également".
Nous sommes restés silencieux, groupés autour de Krasa. Puis, l'un de nous a soudain éclaté:
"C'est une honte, une ignominie"
"Ce sont nos ordres, et il n'y a rien à dire," a jeté Krasa puis il est sorti brusquement en grommelant.

Il me fit appeler un peu plus tard dans son compartiment.
"Écoutez, Gus, je pense qu'il est décent d'avertir Koltchak et Pepelyaev de ce qui a été décidé. Je sais que ce que je vous demande n'est pas facile mais ils doivent savoir. Allez les trouver."
Il était presque minuit. Je me suis misérablement glissé au dehors dans l'obscurité, et j'ai rejoint le train de l'amiral non sans essuyer à plusieurs reprises les brusqueries des gardes rouges.
Monté dans la voiture, je demandai l'amiral et un jeune adjudant me conduisit à un compartiment isolé.
Dans la pièce étroite et mal éclairée se tenait Koltchak, dictateur déchu de Sibérie. Son visage était pâle, mais calme et digne. ll était d'une prestance magnifique dans son uniforme impeccable.
"Monsieur, je vous apporte un message important", lui dis je.
"Asseyez vous." L'amiral me désigna un siège, mais lui resta debout.
"Eh bien, de quoi s'agit il ?"
"Nous venons de recevoir l'ordre de vous remettre, vous et le ministre Pepelyaev, à l'Assemblée politique de la
ville, demain matin. Les représentants viendront vous chercher à l'aube."
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Re: Train blindé tchèque en Russie "Orlik", 1919, 1/220

Message par Michel cerfvoliste » ven. nov. 02, 2018 9:35 am

Merci Jan, c'est super l'histoire racontée et illustrée avec de bien belles maquettes !

Bonne journée, Michel
En cours : Le Caudron C272 LUCIOLE de Philippe RENNESSON
Quelques modèles de HY
Mon album : http://www.maquettes-papier.net/galerie ... ?cat=10339

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Re: Train blindé tchèque en Russie "Orlik", 1919, 1/220

Message par Jan Kytop » ven. nov. 02, 2018 3:02 pm

Merci beaucoup, Michel.

En attendant la suite de ce témoignage poignant, je me permets une petite réflexion. Concernant le fait que les alliés aient livré l'amiral Koltchak qui était sous leur protection, c'est sur que ce n'est pas joli,joli mais avaient ils vraiment le choix? Cela a sans doute permis de sauver bien des vies.
Ce qui est sidérant, c'est la désinvolture et la lâcheté de l'action.
Du témoignage , on comprend que c'est un simple capitaine qui prend l'initiative, DE SON PROPRE CHEF et par "décence" d'aller faire prévenir les prisonniers, qui attendent depuis plusieurs jours de savoir à quelle sauce ils vont être accommodés, de leur sort.
Les généraux français et tchèques qui les ont sacrifié n'ont même pas jugé bon de leur signifier leur décision!
Et attendez la suite...

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Re: Train blindé tchèque en Russie "Orlik", 1919, 1/220

Message par Jan Kytop » ven. nov. 02, 2018 3:36 pm

Le pont du 1er novembre me permet d'avancer un peu avec ce cinquième blindé:
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Pont ferroviaire sur la Volga.

Il s'agit d'un véhicule s'inspirant de l'Austin Putilov mais sur un châssis Armstrong voir Fiat par la suite:
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Avec l'Austin Putilov en arrière plan:
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Re: Train blindé tchèque en Russie "Orlik", 1919, 1/220

Message par Jan Kytop » ven. nov. 02, 2018 10:27 pm

"Cet ordre vient de votre quartier général ?" demanda l'Amiral.
"Oui, monsieur, de notre quartier général à Irkoutsk."
Conservant son calme glacial, Koltchak murmura simplement:
« Ainsi, c’est vrai, les Alliés m’ont trahi… » puis il se mit à faire les cent pas dans le compartiment durant plusieurs interminables minutes. Très mal à l'aise, j'ai commencé à sentir la transpiration perler sur mon front. Soudain, il s'arrêta et me fit face.
"Je voudrais parler au général Syrovy (le général tchèque commandant la Légion, ndt). Pouvez vous arranger cela?"
"Je vais essayer, monsieur. Mais il est déjà minuit passé."
"S'il vous plaît, faites-le. Je veux lui parler tout de suite."
"Je veillerai à ce que votre demande soit porté au QG immédiatement, monsieur."

Image
Général Jan Syrovy

J'ai salué, quitté le compartiment et j'ai rejoint mon supérieur, le capitaine Krasa pour lui faire un rapport de mon entretien.
Il resta silencieux un moment puis il se leva soudain, revêtit un manteau et se coiffa d'un bonnet, et sortit dans la nuit glaciale en disant : "Tentons le coup, je vais téléphoner au quartier général."
Il revint quelques minutes plus tard, déçu:
"Le général Syrovy n'est pas joignable. J'ai laissé un message, et ils rappelleront dès qu'ils le pourront".
Nous attendîmes longtemps la réponse. Malgré l'heure tardive, personne n'avait plus envie de se coucher.

La dessus, notre médecin me prit à part pour me soumettre une surprenante requête.
"Gus, me dit il, le capitaine Kozak, de notre bataillon de choc vient d'arriver à Irkoutsk et il m'a demandé un service urgent. Il semble que dans le train, parmi les officiers d'état-major de Koltchak, se trouve un général
Zinovitch, dont le frère a été à nos cotés tout au long de la campagne de l'Est et a fini par y perdre la vie. En mémoire de ce brave officier, nos frères du Bataillon de Choc nous demandent de tout mettre en œuvre
pour sauver ce général Zinovitch. Gus, tu dois faire quelque chose pour le faire sortir avant l'aube."
"Mais c'est impossible, docteur," objectai-je. "Vous ne vous rendez pas compte des difficultés. Les gardes russes qui entourent la voiture de Koltchak sont extrêmement méfiants. Je n'ose pas prendre un tel risque."
"Tu dois essayer, Gus", insista le docteur. "Si nous ne tentons rien, le Bataillon de Choc ne le nous pardonnera
jamais. S'il y a des problèmes, je serai à tes côtés."
"Peut-être que nous nous inquiétons tous pour rien", risquai je. "Nos ordres peuvent encore être modifiés. Attendons d'avoir une réponse du QG."
"N'importe quoi ! " s'emporta le médecin . "Que peut faire le général Syrovy, même s'il arrive à temps ? Les ordres viennent du général Janin, qui est le commandant en chef de toutes les troupes alliées. Je ne pense même pas que Syrovy pourra parler avec Koltchak.
Nous en étions là lorsqu'une sentinelle entra.
“Le capitaine Krasa vous fait demander d'urgence”,me dit elle.
Je me suis tourné pour quitter le docteur, mais il m'a saisi le bras avec insistance.
"Gus, dis moi que tu vas faire quelque chose pour sauver cet homme ?"
"Je vais essayer," dis-je, "mais je n'ai pas beaucoup d'espoir de succès."

Krasa se tourna brusquement vers moi quand j'entrai dans son compartiment;
"J'ai reçu la réponse du quartier général à la demande de l'amiral Koltchak pour un entretien avec le général Syrovy. Cette réponse est: il est trop tard. Merci de la signifier à l'amiral immédiatement"

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